Ministre des Relations extérieures de Bolivie, David Choquehuanca

07.11.2009. Peuples indigènes latino-américains : la langue contre la discrimination

vendredi 6 novembre 2009

Le Venezuela et Bolivie font partie des principaux pays du continent américain qui ont reconnu la langue indigène comme langue officielle et comme patrimoine culturel de la nation et de l’humanité. Les peuples indigènes ont connu une renaissance grâce à l’intérêt de gouvernements qui, dans un contexte de mondialisation, ont pris position en leur faveur et leur ont permis de s’intégrer dans une société qui pendant des années les avaient rejetés.

Des gouvernements qui prennent position

Actuellement, la plupart des gouvernements latino-américains progressistes respectent leurs diverses ethnies et travaillent avec elles à leur intégration dans la société, notamment à travers la valorisation de leurs croyances ou de leurs diverses expressions artistiques.

Au Venezuela, avec l’élection de Hugo Chávez Frías, le gouvernement bolivarien a décidé en 1999 de réformer la Constitution de 1961. Cette réforme a représenté une prise de position du pouvoir exécutif en faveur des peuples autochtones, en les valorisant et en leur donnant une participation au sein de l’Etat. Par ailleurs, au cours de la décennie suivante, un ensemble de lois a été approuvé, parmi lesquelles la Loi du Patrimoine Culturel des Peuples Indigènes et la Loi Organique des Langues Indigènes.

L’article 119 de la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela stipule que “l’Etat s’engage à reconnaître l’existence des peuples et communautés indigènes, leur organisation sociale, politique et économique, leur culture, leurs coutumes, leurs langues et leurs religions, ainsi que leur habitat et leurs droits originaires sur les terres qu’ils occupent de manière ancestrale et traditionnelle, et qui sont nécessaires au développement et à la garantie de leur mode de vie.”

De même, dans le préambule de la Constitution (article 9), les langues indigènes sont considérées comme des langues officielles, qui “(…) doivent être respectées sur tout le territoire de la République, car elles constituent un patrimoine culturel pour la nation et l’humanité.”

En application de cet article 9, 10 publications ont été éditées depuis 2003 dans les deux langues indigènes de Zulia, 4 en barí et 6 en wayuunaiki.

En 2002, la traduction de la Constitution Nationale en langue wayuunaiki et la publication de 5000 exemplaires pour sa première édition en 2001 ont été saluées par la Direction de l’Education Interculturelle Bilingue de la Zone Educative de Zulia comme des avancées considérables pour la langue indigène en ces temps révolutionnaires.

De même, la Coordination de Linguistique de la Division de l’Education Interculturelle Bilingue de l’Etat de Zulia a publié la traduction du Nouveau Testament en wayuunaiki, une des réalisations les plus importantes qui existe actuellement.

Le 22 juillet dernier, lors de la Rencontre pour la Communication Indigène du Venezuela, Noelí Pocaterra, députée indigène de l’Assemblée Nationale du Venezuela, a déclaré qu’il était nécessaire “que les éléments et les modes originaires de la communication des peuples indigènes du continent américain soient connus. »

Pendant des siècles, on nous a répété que tout ce qui était nôtre était inutile, que nous devions nous civiliser. On nous a collé cette image de peuples en retard et on nous a inculqué une honte ethnique, la honte d’être nous-mêmes. (…) Nous avons cessé de porter nos habits traditionnels, de parler notre langue, d’étudier notre propre culture, car c’est là le message qu’on nous a imposé. »

Le Venezuela est devenu un pionnier en Amérique latine dans le respect et le traitement digne de ses peuples indigènes. C’est aujourd’hui un exemple à suivre pour toutes les nations du continent.

La Bolivie, l’un des pays ayant la population indigène la plus importante (70% de la population totale) a également avancé dans la mise en valeur et le respect de ces peuples indigènes. L’arrivée d’Evo Morales à la présidence a permis aux droits sociaux des ethnies d’avoir une véritable existence.

Dans la Constitution bolivienne, approuvée par référendum en février dernier, non loin de 100 articles établissent la reconnaissance des droits des groupes sociaux du pays, ainsi que l’incorporation d’un langage qui permette aux boliviens de se retrouver sur un pied d’égalité.

Dans une interview publiée sur le site internet de TeleSUR, le ministre des Relations Extérieures de la Bolivie, David Choquehuanca, a déclaré que depuis la colonisation, les classes dominantes avaient tenté de déposséder les boliviens de leur culture, de leurs traditions, de leur langue et de leur musique. Il a affirmé que du temps de ses ancêtres la clandestinité existait déjà. «  Dans les écoles et les collèges on interdisait de parler la langue aymara ou nos langues originaires. »

Selon lui, depuis 1992 et la Campagne « 500 ans de résistance », où le chancelier a lui-même participé de l’effort de revalorisation linguistique, la culture, les traditions et et la langues indigènes nationales ont été revalorisées. A partir de cette année, la Bolivie est entrée dans un processus de récupération, non seulement des ressources naturelles du pays mais aussi de son identité, de sa dignité et de sa souveraineté.

Le gouvernement bolivien établit dans la nouvelle Constitution l’obligation pour tous les fonctionnaires travaillant dans un bureau public de parler deux langues. « Si un fonctionnaire travaille dans la région aymara, il devra parler cette langue en plus du castillan, et il en est de même pour les fonctionnaires des régions quechua et guarani », a insisté Choquehuanca.

Dans le passé, la population indigène éprouvait des difficultés à communiquer. « Quand ils se rendaient dans un bureau public, les membres de celle-ci ne pouvaient pas se renseigner dans leur propre langue. Il leur fallait apprendre le castillan, et bien souvent ils n’étaient pas capables de s’exprimer correctement dans cette langue. »

Le ministre a souligné que la récupération et la revalorisation des langues indigènes n’ont été possibles qu’à travers un processus de revendication à l’échelle de la nation. C’est pourquoi, a-t-il ajouté, il est fondamental que l’apprentissage de ces langues ait lieu aussi à l’école.

En 2008, le ministère de l’Education et de la culture bolivien a présenté un projet de programme informatique, AbiWord, en aymara avec des traductions de programmes en anglais tels que Word ou Excel. A travers ce genre de projets, le gouvernement s’efforce de récupérer et d’encourager l’usage des langues indigènes dans le domaine des nouvelles technologies de l’information et de communication dans le pays.

L’Amérique latine avance

Quand une langue se perd, c’est toute une structure culturelle, de traditions et d’idiosyncrasie qui s’effondre avec elle. La plupart des langues indigènes du continent américain sont menacées d’extinction. C’est pourquoi de nombreuses associations latino-américaines œuvrent dans un même but : préserver la langue indigène, qui continue d’exister, à la fois défi et résistance à des siècles de domination et de discrimination.

Aux yeux de l’Organisation Nationale des Peuples Idigènes de L’Argentine (Onpia) et de la Fédération des peuples et communauté du Kollasuyo (Fedeko) en Bolivie, le renforcement des systèmes d’éducation interculturelle bilingue indigène est une priorité pour progresser dans la colonisation, et défendre ainsi un patrimoine intellectuel, collectif et qui se transmet entre générations.

Au Mexique, la direction de l’Institut National des Langues Indigènes (Inali) a fait connaître les avancées de la lutte contre la discrimination de la langue indigène et le progrès du multilingüisme, comme droits à la justice.

La fondation à but non lucratif PROEIB Los Andes œuvre depuis 1996 depuis son siège central à Cochabamba an Bolivie. Elle dispose aussi d’antennes régionales, telles que Papaván, en Colombie, Quito, en Equateur, Lima au Pérou ou Buenos Aires en Argentine. Sa mission est de contribuer à la qualité et à l’amélioration des différents niveaux du système éducatif latino-américain, et d’apporter une réponse aux besoins et demandes des ethnies, pour une meilleure participation politique et sociale indigène.

Malheureusement, dans certaines régions du continent, on est loin d’assister aux mêmes respect et revalorisation des langues natives. Le Pérou fait partie de ces pays qui semblent continuer dans la lignée de plus de cinq siècles de domination sur les peuples natifs, par le maintien de la discrimination et du mépris envers les indigènes de ce pays.

En 2007, les travailleurs du Programme de Formation des Instituteurs Bilingues de l’Amazonie Péruvienne (FORMABIAP) ont manifesté leur rejet des débats agitant le Congrès péruvien au sujet de la publication des normes juridiques dans les langues originaires du pays. FORMABIAP a assuré que le Congrès comme la presse nationale tiennent encore le même discours de discrimination à l’égard des indigènes, de leur culture et de leurs langues.

Les membres du Congrès péruvien se sont prononcés contre l’officialisation de toutes les langues du Pérou, contre la garantie d’un système scolaire et de publications subventionnées dans la langue pour les peuples natifs dans leur propre langue.

Dans une large mesure, le progrès des langues indigènes a été porté par des organisations, par des fondations et par des gouvernements comme ceux du Venezuela et de la Bolivie. Ceux-ci ont su lutter contre la mondialisation, et reconnaître la valeur et l’importance des peuples natifs, comme participant de manière primordiale de notre idiosyncrasie.

Il est vital de poursuivre la mise en place de telles mesures et de soutenir les efforts des peuples indigènes pour préserver leurs langues. Mais il est tout aussi important de réveiller les consciences des citoyens de l’Amérique latine et du monde pour que les langues ethniques et ceux qui les parlent soient respectés. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons en finir avec l’idéologie colonisatrice enracinée depuis des siècles dans ce continent.

Source : Telesur

Traduction : Katia TOSCO, pour www.larevolucionvive.org.ve



Navigation

Accueil du site | Contact | Plan du site | | Statistiques | visites : 54058

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Nouvelles du jour   ?

Site réalisé avec SPIP 2.0.8 + AHUNTSIC

Creative Commons License