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07.12.2009. Venezuela. ViVe, El canal del poder popular
dimanche 6 décembre 2009

Quand on connait l’influence de la télévision dans nos sociétés dites modernes (1), et la fabrique de l’opinion que sont devenus les médias, on se prend à rêver d’outils de communication populaires animés dans un esprit de service public, au service de la démocratie et d’alternatives concrètes. L’exemple de ViVe au Venezuela mérite d’être observé, car il tente aujourd’hui de réinventer la télévision, à l’aune du socialisme du 21e siècle. A suivre...
Corinne Morel Darleux. 03.12.09
La première chose qui frappe quand on arrive à ViVe, c’est cette ambiance
informelle. Ça bouge, ça discute, ça circule, dans une sorte de joyeux désordre.
Des lits parapluie, un bac improvisé de récupération de vêtements en solidarité
à des travailleurs sinistrés, une bibliothèque de révolutionnaire poète... Visite
guidée de la chaine de télévision populaire Vénézuelienne.
ViVe : la télévision du peuple, par le peuple, pour le peuple.
Ici, les enfants sont les bienvenus et ViVe sert aussi de garderie. On y croise à la fois des militantes féministes, des réfugiés afro-colombiens, des étudiants en philosophie, des historiens, des écrivains et des sociologues. Car à ViVe, le recrutement se fait sur d’autres critères que le diplôme : l’expérience sociale et la vocation artistique. Histoire de donner une chance à ceux qui n’en ont pas. Tous réunis autour d’un même concept : la « produccion integral » ou le service public au service de l’émancipation et de l’éducation populaire.
C’est Thierry Deronne, le Vice Président de « Formacion Integral », qui me
guide pour la visite. Gros avantage, je ne parle pas un mot d’espagnol et il est
francophone. On s’est rencontrés pour la première fois deux jours avant, et
après avoir entamé une discussion passionnante sur ViVe, Bourdieu, l’Acrimed
et le plan B autour d’un verre, nous avons finalement décidé d’approfondir
tout ça par une visite des locaux à Caracas.
ViVe a été créée en 2002 pour lutter contre l’idéologie dominante véhiculée par les chaines privées tenues par l’opposition de droite (qui représentent encore 85% du paysage télévisuel). Il a fallu surmonter les vieux réflexes de luttes de pouvoir, de techniques marketing et bousculer un certains nombres de préjugés avant de pouvoir les remplacer par les concepts de « poder popular » ou de « horizontalidad regional ». Mais plus de six ans après, ViVe emploie près de 800 personnes, et dans un mouvement volontariste de décentralisation, la proportion des effectifs de Caracas se réduit au profit des antennes régionales qui se développent un peu partout dans le pays... Au plus près des citoyen-nes qui font ViVe.
« Voilà Betty. Aujourd’hui, elle balaye le studio. Mais Betty ne passera pas sa vie à passer le balai. »
Car la singularité de cette chaine de service public, c’est qu’elle est entièrement animée par les citoyen-nes euxmêmes, de la conception de l’émission à son montage final. C’est le concept de « produccion integral », qui vise à casser la division du travail.
C’est ainsi qu’à ViVe, on pense que personne ne doit être condamné à faire la
même chose toute sa vie. Le centre de formation intégrale de Caracas est là
pour ça, comme peuvent en témoigner les 30 « producteurs intégraux » issus
de la première promotion. Des centres de formation comme celui-ci, installé
au milieu de la grande pièce commune, il y en a dans chaque antenne
régionale. Avec un système de parrainage et d’accompagnement, chacun-e
apprend à maitriser l’ensemble de la chaine de production.
Des programmes d’éducation populaire
Au programme de ViVe, des cours collectifs de partage des savoirs, des reportages par et sur les mouvements sociaux, des programmes culturels, des films de Pierre Carles, des lectures de Cortazar, ou encore des dessins animés pour les enfants, comme « Samuel et les choses » sur la souveraineté alimentaire, où l’on parle manioc, maïs et pommes de terre. Et le « Alo Presidente » d’Hugo Chavez, déjà transmis sur l’autre chaine publique V-TV, Venezuela de Television, mais relayé par ViVe qui dispose maintenant de relais régionaux mieux répartis dans le pays.
Et bien sûr, l’incontournable journal télévisé, réalisé par l’équipe « communication populaire ». Mais un JT d’un genre particulier, qui vise à privilégier les reportages de fond et à se détacher de plus en plus de l’actualité quotidienne pour re-prendre le temps. ViVe joue ainsi sur la complémentarité avec l’autre chaine publique V-TV qui dispose déjà d’un JT plus traditionnel.
A titre d’exemple, Benjamin, un des responsables du JT, m’explique qu’ils
viennent justement de recevoir un CD d’une des six antennes régionales. Un
reportage d’une coopérative agricole qui utilise des insectes à la place des pesticides, ou encore une émission
sur les « barrios adentros », dispensaires ouverts dans les quartiers populaires qui dispensent des soins gratuits
et de proximité.
Le JT de ViVe est à l’image de la chaine, articulé autour de 4 grandes rubriques : « poder popular », qui décrit les luttes du peuple et la manière dont s’organisent les quartiers ; « dialogo de saberes », sous la forme de conférences de savoirs ; une rubrique de décryptage de la crise mondiale à partir d’exemples concrets et les réponses que le socialisme peut y apporter ; et enfin, « union de los pueblos », avec des sujets sur l’international.
Ne pas dissocier la forme du fond
ViVe veut aussi réinventer la manière de filmer et de faire de la télévision : pas
de mise en scène, le moins d’intervention possible sur les lieux de tournage. Et
dans le studio du journal télévisé, un plateau circulaire pour éviter l’effet
« homme tronc », entouré de baies vitrées pour voir les travailleurs de la
chaine circuler dans les locaux.
Élément notable : une nouvelle loi impose désormais à toutes les chaines de télévision, publiques comme privées, la traduction simultanée en langage des signes. On imagine les parties de rigolade des mômes des villages quand les émissions sont tournées en plein air... … Pour le peuple ?
Reste l’épineuse question de l’audimat (2), un terme aux antipodes de l’esprit qui anime ViVe, certes, mais tout de même : combien de téléspectateurs pour ces programmes du réel, du quotidien ? Les personnes qui travaillent à ViVe y trouvent clairement leur compte, mais une télévision sans téléspectateurs, avec un objectif d’éducation populaire et de service public, ne remplirait qu’à moitié sa mission... Or, sans mise en scène, sans dramatisation, finalement qui a envie de retrouver sa vie quand il allume son poste ? Alors, ViVe a décidé de se lancer dans la fiction. A voir. Mais on peut d’ores et déjà parier qu’on sera surement loin des telenovelas.
La visite s’achève sur le toit, où trônent les antennes relais qui assurent le lien avec le reste du pays. Et avec le
peuple.
(1) les Américains ont regardé la télévision en moyenne 4 heures 49 minutes par jour entre septembre 2008 et septembre 2009 (étude Nielsen ).
(2) On estime l’audience actuelle de Vive à près de 450.000 personnes par jour. Au-delà de tout "rating" quantitatif (destiné à mesurer des masses pour modifier le prix de vente des espaces publicitaires) le Venezuela met en place un instrument de mesure qualitatif de l’impact social (avant, pendant et après les productions et les diffusions) d’un média participatif.
Pour aller plus loin sur l’expérience de ViVe : www.vive.gob.ve
… Et un site bilingue pour jeter des ponts sur l’Atlantique :
http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article828&lang=fr
http://www.larevolucionvive.org.ve/spip.php?article838&lang=fr



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