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21.08.2009. Honduras : la "dictablanda" clintonienne
vendredi 21 août 2009
Le coup d’Etat au Honduras n’a pas eu pour seul objectif de liquider le maillon le plus faible de l’Alba, le Honduras, et son président Manuel Zelaya. Celui-ci, malgré son origine conservatrice, avait entrepris de timides réformes sociales et, pour des raisons économiques, avait resserré ses liens avec le Venezuela, rapprochement qui pouvait apparaître comme un "danger révolutionnaire"... Il s’agit d’un coup d’Etat qui vise également à renforcer la déstabilisation au Guatemala (dont le président Colom est actuellement dans la ligne de mire de l’impérialisme), au Salvador (où le Front Farabundo Martí de Libération Nationale est bien au gouvernement, mais pas au pouvoir, qui reste aux mains de l’extrême droite), et au Nicaragua. Les Etats-Unis, à travers les Etats qui sont à sa botte, cherche ainsi à renforcer stratégiquement la fragile soudure de l’Isthme que représente le plan de Mérida, en créant un couloir de domination depuis Mexico jusqu’à la Colombie, qui deviendrait une tête de pont, une sorte d’Israël en Amérique du Sud, pour contrôler le Venezuela, les Caraïbes, l’Equateur, le Brésil.

Le coup d’Etat civico-militaire a été soigneusement préparé dans la base américaine de Soto Cano, en présence de l’ambassadeur Llorens, des Etats-Unis. Le départ de celui-ci et de sa famille, bien qu’il eût été informé à l’avance du coup d’Etat, lui permit d’éviter de paraître trop lié aux "gorilles" du Honduras formés par les Etats-Unis depuis l’époque de John Dimitri Negroponte – qui fut d’ailleurs le chef direct de Llorens - et de l’Irangate, lorsque, à travers la CIA, l’armement des Contras du Nicaragua était expédié depuis le Honduras et financé par le narcotrafic. Negroponte, ex-secrétaire national de la sécurité de Bush, ex-représentant à l’ONU, ex-vice-roi en Irak, n’est pas le seul conspirateur de haut-vol. Deux conseillers du dictateur de pacotille Micheletti sont d’importants assistants de Bill Clinton : Bennet Ratcliff et Lanny Davis, qui le conseilla lors du scandale de l’affaire Lewinsky, fut le plus virulent conseiller d’Hillary Clinton dans sa lutte contre Obama et fait partie du Conseil Hondurien de l’Entreprise Privée, pilier de l’oligarchie locale. Il est donc absolumment impossible que le Département d’Etat – c’est-à-dire Hillary Clinton – et le Pentagone aient été surpris par le coup d’Etat si insolemment et grossièrement organisé par quatre gorilles certains de leur impunité.
Par conséquent, il s’agit d’un coup dur porté à Obama et à sa tentative de détente avec l’Amérique latine et Cuba. Ses instigateurs sont à chercher parmi la droite conservatrice américaine, autant chez le Parti Démocrate, chez Hillary Clinton et son clan, que chez les républicains, via les liens des alliés de Bush avec les militaires et la droite latino-américains. Il s’agit du premier affaiblissement sérieux et provenant de Washington même pour Obama, à qui la droite réserve le même rôle que celui qu’Oscar Arias, fameux valet des Etats-Unis, souhaite assigner à Zelaya : celui de président de façade, aux poings liés, sans aucune possibilité d’initiative, avec une politique extérieure contrôlée en tous points par le Département d’Etat. En effet, l’opinion selon laquelle Obama "est un petit nègre qui ne connaît rien à rien" a été formulée par le ministre des Relations Extérieures des putschistes honduriens, mais elle est égalemnt partagée, quoique sans être encore exprimée ouvertement, par tous ceux que les gorilles tiennent pour saints au paradis de l’establishment nord-américain.
Le coup d’Etat hondurien est dirigé contre les pays voisins liés à Chávez et à Cuba, contre le Venezuela et Cuba, contre tous les gouvernements "progressistes" d’Amérique du Sud, et c’est également un coup d’Etat sans Obama et contre Obama. L’aberrante proposition d’Arias est bien utile aux putschistes. Elle leur permet de gagner du temps pour organiser leur pouvoir de facto, et d’épuiser et démoraliser les partisans du président constitutionnel. Elle les récompense par ailleurs d’une promesse d’amnistie, alors même qu’ils sont les auteurs d’un putsch, qu’ils ont assassiné ceux qui défendaient la Constitution, les "infâmes traîtres à la patrie", passibles être fusillés. Enfin, d’après l’accord de San José, Zelaya devrait admettre à des postes clés de son cabinet éphémère ceux qui l’ont séquestré, l’ont déporté de son propre pays, l’ont insulté, ont falsifié sa signature dans une lettre de démission infamante, et oppriment le peuple hondurien par la terreur... se trouvant ainsi réduit à être l’otage de ces personnes.
Accepter "la solution Clinton" (la solution des putschistes) reviendrait à encourager de futurs coups d’Etat et dictablandas (des dictatures militaires pourvues d’une façade de légalité). L’alternative est difficile, mais elle est la seule positive qui soit : refuser l’arbitrage Arias-Clinton et entreprendre, au Honduras même, un processus de lutte, par tous les moyens possibles, pour imposer une assemblée nationale constituante pour décider qui gouvernera et comment sera gouverné le pays. Ce qui revient à tenter d’ouvrir une brèche dans les forces armées et la police par la mobilisation insurrectionnelle, comme en Bolivie face à Sánchez de Lozada ou au Venezuela, lors du coup d’Etat contre Chávez.
Zelaya, fils d’un assassin d’hommes de gauche, leader d’un parti conservateur traditionnel, qui s’est orienté vers une politique plus progressiste avant tout pour des raisons d’opportunités et pour ne pas en avoir calculé les conséquences, a démontré son courage mais ne pourra probablement pas prendre la tête d’une lutte de ce genre, mais il peut l’initier. Le peuple hondurien et les secteurs de la gauche qui exigent son retour inconditionnel au gouvernement sauront alors comment vaincre les putschistes et les feront payer leur crime contre la Constitution par des procédures publiques.
Guillermo Almeyra,
La Jornada, Domingo 2 de agosto de 2009
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