Interview d’Álvaro Colom, président du Guatemala, par TeleSur

16.01.2010. Guatemala : retour sur la tentative de coup d’État médiatique

samedi 16 janvier 2010 par Katia Tosco

On se souvient il y a quelques mois des manifestations de la droite guatémaltèque pour réclamer la démission d’un "président-assassin" sur la base d’un montage médiatique aujourd’hui démonté par la justice guatémaltèque. Une technique de putsch sous commande télévisuelle qui avait failli réussir au Venezuela en 2002. On se souvient, au moment fort de la crise, de l’interview humiliante oú Patricia Janiot demanda en direct au président Colom quand il comptait démissionner. Et des contre-manifestations populaires inattendues qui avaient empêché la chute de Colom, quelque mois avant un autre putsch, lui aussi appuyé par le monopole privé des médias, dans un pays voisin : le Honduras...

Dans une interview exclusive accordée à Telesur, le gouvernant guatémaltèque a appelé ses citoyens à rester unis face à ce qui constitua une tentative de coup d’État contre lui, et a remercié les présidents du continent américain et de l’Union Européenne pour leur soutien.

« J’ai toujours pensé que le bien triomphe sur le mal et c’est ce qui est arrivé aujourd’hui. Aujourd’hui c’est la tache de tous les guatémaltèques de se retrousser les manches et de travailler pour le pays. Nous devons rester unis pour qu’une telle chose ne se reproduise plus », a assuré le chef d’Etat dans une interview exclusive accordée à Telesur avec le journaliste Rolando Segura, diffusée ce mercredi.

Colom a ajouté que la crise qui a suivi par la mort de Rosenberg avait été provoqué par « des intérêts pervers et obscurs », soulignant que l’une des leçons à tirer de cette affaire était qu’une grande majorité de la population avait montré son soutien aux actions de l’Exécutif face aux minorités qui se sont opposées à lui.

« Une enquête doit à présent être menée qui relève de ma responsabilité de président », a ajouté le dignitaire. Ce sera le rôle des institutions de suivre et de remonter à l’origine de cette affaire qui, « grâce à la réaction réfléchie et sereine du Gouvernement, n’a pas eu de plus dramatiques conséquences. »

Au cours de cet entretien, le dignitaire guatémaltèque a exprimé sa gratitude envers les différents présidents du continent pour avoir, tout comme leurs peuples, toujours eu confiance en lui « dont la seule faute est d’avoir voulu donner des yeux, des oreilles et une bouche aux Guatémaltèques qui ont le moins d’opportunités »

TeleSUR publie ici l’intégralité de l’interview du président guatémaltèque, Álvaro Colom.

Monsieur le Président, vous avez déclaré que l’une des périodes les plus amères de votre gouvernement avait été la prise de connaissance par l’opinion de la vidéo où Rosenberg lui-même vous accusait d’avoir été impliqué dans son assassinat. Le résultat de cette Commission signifie-t-il pour vous la fin de cette période difficile ?

Oui, ce chapitre est résolument clos. L’enquête de fond sérieuse et indépendante soutenue par la Commission internationale contre l’impunité au Guatemala (CICIG) et par le Ministère public a aujourd’hui (mardi) rendues publiques ses premières conclusions qui montrent, comme je l’avais déjà déclaré, que ni mon épouse, ni mon secrétaire privé, ni le président n’ont de responsabilité dans ce crime.

Ce crime a été a l’origine de l’une des pires crises politiques du Guatemala. Les dirigeants de l’opposition et des manifestants sont allées jusqu’à exiger votre démission. Quelles en ont été les autres conséquences pour le pays ?

Selon moi, il y a à l’origine de cette crise une grande infamie contre le pays, le gouvernement, mon secrétaire privé et la première dame. C’est une crise qui a fait énormément de mal à l’image du pays pour les investisseurs. Aujourd’hui notre tache est de faire éclater la vérité de la justice. J’ai toujours pensé que le bien triomphe sur le mal et c’est ce qui est arrivé aujourd’hui. Aujourd’hui c’est la tache de tous les guatémaltèques de se retrousser les manches et de travailler pour le pays. Nous devons rester unis pour qu’une telle chose ne se reproduise plus.

Vous voyez dans cet assassinat et les assignations qui ont visé votre propre personne, votre épouse et des hauts-fonctionnaires une conspiration menée par de puissants groupes économiques et politiques contre votre gouvernement. Cependant, la Commission a écarté une telle possibilité. Qu’en pensez-vous ?

En premier lieu, l’enquête dont était chargée la Commission avait pour objet l’assassinat de l’avocat Rosenberg. Mais une nouvelle étape se présente maintenant : l’origine de cette vidéo. Qui a pu convaincre l’avocat d’une telle infamie ? Quels sont-ceux qui ont profité de la situation, et ceux qui ont au contraire, et de plein droit, réclamé la vérité et la justice ? Je défends une telle prise de position car il s’agit d’un droit légitime des citoyens. Une enquête doit à présent être menée qui relève de ma responsabilité de président. Certains ont dépassé les limites et ont émis des accusations fallacieuses et sans fondement. Ce sera le rôle des institutions de suivre et de remonter à l’origine de cette déstabilisation qui, grâce à la réaction réfléchie et sereine du Gouvernement, n’a pas eu de plus dramatiques conséquences.

Mais qui sont ces individus qui avaient intérêt à vous mettre en cause, en tant que président du Guatemala, et à tenter de déstabiliser le pays ?

Je crois qu’il y a dans toute crise des opportunités à saisir et des leçons à tirer. L’une d’entre elles est qu’il y a eu, pour mille manifestants contre le gouvernement, 10 000 personnes qui croyaient en lui. Je pense qu’il s’est agi d’un moment clé pour le pays, qui lui a permis de révéler son véritable visage. Il a également permis de mettre en lumière les démarches d’éradication de la pauvreté menée par mon gouvernement avec l’appui de tous les maires, enseignants, paysans et entrepreneurs qui ont toujours cru en Álvaro Colom. Cette crise est le fruit d’intérêts pervers et obscurs.

De telles conclusions ne sont pas seulement celles du Ministère Public du Guatemala. Que pensez-vous du travail de cette Commission internationale contre l’impunité ?

Ecoutez, je ne souhaite qu’exprimer ma plus sincère gratitude de la part de mon pays, de mon gouvernement et de la première dame, pour son professionnalisme. Le Ministère Public travaille actuellement à intégrer cette expérience de la Commission internationale. Je remercie les Nations Unies et M. le Commissionnaire Castresana pour son travail en profondeur, sur cette affaire et sur d’autres, pour éradiquer l’impunité au Guatemala.

Quelles sont les autres démarches en cours pour que soient faits prisonniers les entrepreneurs de l’industrie pharmaceutique accusés d’êtres les auteurs intellectuels de cette affaire, et qui fuient la justice depuis décembre dernier ?

La Police nationale et le Ministère Public sont à leur recherche pour permettre leur arrestation. Personnellement, j’espère que celle-ci aura lieu le plus vite possible pour qu’ils puissent être soumis aux tribunaux.

On dit qu’ils auraient fui au Honduras. S’agit-il d’une information fiable ?

Très honnêtement, non. On a mentionné le Honduras, le Costa Rica, et d’autres destinations. Mais les notifications aux polices internationales ont d’ores et déjà été accomplies et maintenant que notre participation peut être plus ouverte, nous allons faire pression pour que cette arrestation ait lieu et que nous puissions clore d’un processus qui arrive aujourd’hui à une étape importante.

La famille des présupposés auteurs intellectuels de l’assassinat de Rosenberg ont demandé aux autorités un jugement impartial et transparent. Quelles seront les garanties de cette transparence et cette impartialité ?

Au cours des deux années de mon mandat et tout particulièrement au cours de ces huit derniers mois j’ai pu démontrer la totale indépendance des enquêtes et l’absence d’interventions dans celles-ci. Ce sera le pouvoir judiciaire qui sera chargé de mener cette affaire. Je n’agirai pas comme beaucoup, qui se sont comportés comme des juges, voire comme des êtres divins, et qui ont émis des hypothèses totalement dépourvues de fondement. Nous devons respecter le processus et le système judiciaire, et ce sera à ces messieurs les juges et les magistrats de déterminer la conclusion juridique de cette affaire.

D’après cette Commission, Rosenberg voulait avec sa mort attirer l’attention sur la situation d’insécurité du pays, dont il accusait le gouvernement, pour provoquer le changement. Quels sont les défis à relever par votre gouvernement pour résoudre le problème de l’insécurité ?

Cela faisait huit ans que le pays que j’ai reçu avait baissé les bras face à l’insécurité. Depuis deux ans, nous nous sommes attelés à la restructuration institutionnelle du système de sécurité et de justice. Et nous n’épargnons pas nos efforts. Ces huit années avait permis l’établissement d’une structure de la violence qui est aujourd’hui combattue.

Nous sommes parvenus, en un an, à former plus de policiers qu’en quatre ans. Nous avons soutenu le Ministère Public, renforcé l’intelligence civile pour que l’information adéquate vienne renseigner chaque affaire. Des équipes d’enquêteurs extrêmement spécialisés ont été mises en place avec l’aide de pays amis. C’est le grand défi du Guatemala pour parvenir à mettre fin à cette violence institutionnalisée.

Rappelons simplement la tragédie de cet abandon de la sécurité : j’ai reçu un gouvernement doté de moins de 12 000 effectifs réels, alors que nos Forces armées devraient compter au moins 30 000 effectifs. Le territoire était donc mal protégé et les cartels ont ainsi pu gagner en puissance.

L’année 2009 a été la plus importante pour la confiscation de drogue dans l’histoire du Guatemala. Nous sommes en lutte avec le soutien des pays voisins, de la Colombie, des Etats-Unis. Je m’efforce d’apporter institutionnellement la sécurité au pays car l’insécurité ne permet pas au guatémaltèque de mener une vie paisible.

A présent que le chapitre de cette crise est clos, quels sont les autres défis de votre gouvernement, après deux années au pouvoir ? En particulier, comment la crise alimentaire qui frappe le Guatemala depuis cette année est-elle combattue ?

Il me semble que je travaille dans un gouvernement de changements dans le pays. Pendant 50 ans, les gouvernements ne sont préoccupés ni de la pauvreté, ni de la santé ou de la stabilité. Pourtant, les institutions internationales et le Fond Monétaire International ont désigné le Guatemala comme l’un des quatre pays qui ont le mieux surmonté la crise financière de l’an passé.

Malgré la crise politique interne, notre gouvernement est finalement parvenu à améliorer certains de ses indicateurs. Je ne dis pas qu’il ait tout résolu, mais que nous allons dans la bonne direction : celle qui consiste à apporter une solution sociale et économique au pays. Notre macroéconomie est bien administrée et a réussi à surmonter cette crise. Aujourd’hui, après cette information transmise par le Commissionnaire et le Procureur, je souhaite adresser un appel d’unité au peuple guatémaltèque. Nous devons profiter de cette bonne administration économique de l’an passé pour que 2010 soit une année de grande récupération.

Quant au couloir sec [région du Guatemala particulièrement touchée par la sécheresse et l’insécurité alimentaire, N.d.T.], je suis bien évidemment très inquiet de ce que le Guatemala soit le quatrième pays le plus menacé au monde par le changement climatique, comme cela a été mentionné lors du Sommet de Copenhague. Nous nous travaillons donc sur le problème de la sécurité alimentaire et il s’agit là d’un important défi, en tout cas je le considère comme tel. Malheureusement, Dieu a voulu que mon mandat coïncide avec une époque où gouverner mon pays s’avère très problématique. Mais nous sommes déterminés à relever un tel défi et j’aimerais, si on me le permet, adresser un message très particulier à tous les gouvernements du continent, à tous les présidents et fonctionnaires qui ont montré leur solidarité envers le Président Colom, et ont soutenu l’état de droit de la démocratie. Le Groupe de Río, mes homologues présidents de l’Amérique centrale siégeant au SICA (Système de l’Intégration latino-américaine), mais aussi l’Union Européenne, ont fait entendre leur voix. Les Etats-Unis ont apporté leur soutien dès le premier jour en envoyant leur sous-secrétaire d’Etat.

Je souhaite remercier tous les présidents de l’Amérique latine, ceux des Etats-Unis et du Canada pour leur solidarité. Certains présidents m’ont donné de la force pour supporter cette infamie et aujourd’hui je souhaite mettre en valeur cette solidarité par mes remerciements. Je souhaite surtout, souligner que le président Colom n’a pas déçu ces présidents et n’a pas déçu son peuple qui lui a fait confiance, car la seule faute qu’il a commise est d’avoir voulu donner des yeux, des oreilles et une bouche aux Guatémaltèques qui ont le moins d’opportunités.

Au fond, il y a des raisons pour que tous ces opposants se soient unis autour d’une infamie. Aujourd’hui, il y a un président qui se préoccupe de ceux qui en ont le plus besoin, qui a prêté attention à la situation macroéconomique ; un président qui veut vraiment tirer le Guatemala de ces indicateurs de développement qui étaient l’an dernier, quand je suis arrivé au pouvoir, à un niveau véritablement honteux.

En un an de mandat j’ai augmenté de 37% les effectifs scolaires de l’enseignement secondaire, de 27% dans l’enseignement basique, de 9% en primaire et de 27% dans le pré-primaire. Un progrès dans l’éducation hors du commun. J’ai osé accomplir le mandat constitutionnel de l’éducation et de la santé publique. Telles sont mes fautes, et comme je le dis souvent dans mon pays, je suis un président que l’on accuse de ce que je ne suis pas responsable, que l’on critique et que l’on condamne. Mais je reste serein, et à partir d’aujourd’hui c’est avec un esprit rénové que je vais lutter pour un Guatemala uni, solidaire, juste et sûr.

http://www.telesurtv.net/noticias/entrev-reportajes/index.php?ckl=445

Traduction : Katia Tosco pour www.larevolucionvive.org/


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